Vamos todos a la librerίa !

Beau succès pour l’invité d’honneur du Salon du livre : vingt mille ouvrages mexicains ont été vendus, dont 25 % en espagnol ! Aujourd’hui s’achève donc notre voyage au pays des lettres mexicaines. Pour notre part, nous avons rencontré de nombreux auteurs, souvent très à l’écoute et heureux de nous répondre. Nous espérons que ce blog vous a donné envie de les lire. La littérature mexicaine ne se résume pas à Carlos Fuentes et Octavio Paz, elle est plurielle comme ses écrivains. Tous les genres se mêlent dans une production éditoriale qui dépasse les frontières. A votre tour de les franchir !

Alain-Paul Mallard, écrivain malgré lui

Alain-Paul Mallard, auteur à la recherche de nouvelles formes, (photo : Mickaël PERIER

Alain-Paul Mallard, auteur à la recherche de nouvelles formes (photo : Mickaël PERIER).

“J’ai écrit un livre quand j’étais très jeune. Après un processus de décantation, j’ai beaucoup coupé pour laisser l’essentiel, une démarche qui m’a mené vers les rives du silence.” Ainsi se présente Alain-Paul Mallard, l’un des benjamins parmi les écrivains invités au Salon. Né à Mexico en 1970 dans une famille francophile, il est l’auteur, malgré lui, de deux ouvrages : Evocation de Matthias Stimmberg , court texte consacré à un écrivain autrichien, et de Recels.

Un recueil hybride

Alain-Paul Mallard est auteur malgré lui, car, pour ce cinéaste sorti de la Femis (Ecole nationale supérieure des métiers de l’image et du son), “le livre n’est pas la destinée ultime de la pulsion littéraire”. Quand Robert Amutio, directeur de publication de l’Arbre Vengeur, le contacte afin d’obtenir des textes, il essuie un premier refus. Il le relance pourtant, quelques temps après, ayant trouvé sur Internet des textes qu’il souhaite rassembler en un volume. Alain-Paul refuse à nouveau, trouvant le projet trop hétérogène : “Je me suis rendu compte que la seule façon de faire, c’était de le rendre encore plus hétérogène, plus vaste, plus généreux.” Ainsi est né Recels, créature hybride, composée de styles différents, dont le point commun pourrait être le thème de l’absence.

Quant à son premier livre, il a vu le jour grâce à un écrivain cubain un peu trop curieux, tombé sur le manuscrit en furetant dans l’ordinateur de l’auteur. “Pour moi, la littérature reste de l’ordre de l’exceptionnel, c’est un travail trop intense et trop exigeant pour exister dans la durée.”

Alain-Paul Mallard, Evocation de Matthias Stimmberg, Editions Bibliophane - Daniel Radford 2003, et Recels, Editions L’Arbre Vengeur, 2009. Il est commissaire de l’exposition “Pages mexicaines”, consacrée à André Pieyre de Mandiargues, à la Maison de l’Amérique Latine.

“Toute œuvre a une part d’autobiographie”

Ecrire à la première personne, est-ce forcément raconter sa vie ? Trois écrivains mexicains, Margo Glantz, Mario González Suárez et Fabio Morabito, tentent de répondre à la question.

Dans Les Généalogies , Margo Glantz mêle l’autobiographie, le monologue intérieur et l’autofiction. “Mon je ressemble à celui de Georges Perec dans W ou le Souvenir d’enfance. C’est un je fragmenté, imaginaire. Ma situation est ambiguë dans mon propre pays. Je suis mexicaine, mais pas vraiment, puisque d’origine étrangère et attachée aux traditions de mes parents. Je parle de mes racines dans mon livre, c’est une autobiographie très particulière.”

Des fictions à la première personne

Pour Mario González Suárez, “quand on essaie de raconter sa vie, on invente forcément. Tous les récits autobiographiques sont des fictions à la première personne.” Les Chiens de l’obscurité est un roman d’apprentissage très violent. Le narrateur, un gamin qui sèche l’école, fréquente des délinquants. Il vit entre son père, un petit malfrat, et sa mère, une femme douce et effacée. Un récit autobiographique ? “Toute œuvre a une part d’autobiographie, répond Mario González Suárez. Mais on n’est pas là juste pour raconter ses mémoires.”

Fabio Morabito s’inspire beaucoup de son expérience personnelle dans les nouvelles qui composent Mots croisés. Il a ainsi écrit sur son année passée à Berlin. “Je regardais ce qui se passait depuis mon balcon avec un œil d’anthropologue. Un jour, j’ai vu un accident de voiture. Je prenais des notes en me disant : Je devrais peut-être aller les aider…”

Margo Glantz, Les Généalogies, Folies d’encre, 2009.
Fabio Morabito, Mots croisés, Corti, 2009.
Mario González Suárez, Les Chiens de l’obscurité, Les Allusifs, 2008.

Pour une littérature hispanophone

Né en Espagne en 1927 dans une famille républicaine, Tomás Segovia a vécu quelques années en France pendant la guerre civile espagnole. Il en a gardé des liens forts avec la langue et la culture françaises. Ses parents s’installent au Mexique en 1940.

Contrairement à d’autres écrivains mexicains d’origine européenne, Tomás Segovia n’a pas eu à apprendre une nouvelle langue quand il est arrivé. “C’est une chance qu’une vingtaine de pays parlent cette langue et puissent se comprendre. J’ai toujours défendu l’unité de l’espagnol”, affirme-t-il.

Poète, mais aussi romancier, dramaturge et traducteur (Gérard de Nerval, René Char et André Breton notamment), il a été le rédacteur en chef de la revue Plural, dirigée par Octavio Paz, et de la Revista mexicana de literatura. Il a publié ses premiers poèmes en 1945, une période particulièrement riche de la littérature mexicaine, où la poésie lyrique est devenue la plus importante forme d’expression.

“Les Espagnols ignorent tout du Mexique”

Enseignant, Tomás Segovia a travaillé à l’université autonome de Mexico et à l’Institut français d’Amérique latine. Depuis plusieurs années, il vit surtout à Madrid.

“Au Mexique, on connaît bien la littérature espagnole – quoique l’influence des Etats-Unis soit de plus en plus forte –, mais l’inverse n’est pas vrai, regrette-t-il. Quant aux Espagnols, ils ignorent tout du Mexique. El País, seul quotidien à peu près lisible en Espagne, donne une image du Mexique qui n’a rien à voir avec la réalité.”

Tomás Segovia, Cahier du nomade, Gallimard, 2009.

Tomás Segovia tient un blog depuis 2007.

Des textes mexicains traduits sur retors.net

Où lire des auteurs étrangers inédits en français ? Chez Retors, bien sûr ! Revue et association, Retors propose en ce moment “Voix du Mexique”, une sélection de textes écrits par seize écrivains contemporains, dont David Toscana et Álvaro Enrigue.

Le site permet l’affichage du texte en espagnol et en français simultanément, et s’accompagne de photos en noir et blanc, et de notices biographiques et autres notes explicatives. Un très beau travail, à découvrir d’urgence.